Tiré du Colloque AFEEB – Février 2005 – Bruxelles – Bulletin 2006

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Réflexions inachevées sur la « Conscience ».

P. Leroy

 

Liminaire

 « Gloire à Toi, ô Seigneur mon Dieu! N'abaisse pas celui que Tu as élevé par le pouvoir de ton éternelle souveraineté et n'écarte pas de Toi celui que Tu as fait pénétrer dans le tabernacle de ton unité. Rejetteras-Tu loin de Toi celui que Tu as abrité dans ta souveraineté et renverras-Tu loin de Toi, ô mon Désir, celui dont Tu as été le refuge ? Peux-Tu dégrader celui que Tu as élevé, ou oublier celui que Tu as rendu capable de se souvenir de Toi ? Glorifié, immensément glorifié sois-Tu! Toi qui de toute éternité as été le roi de la création et son premier moteur, et qui demeures éternellement le Seigneur de toutes choses créées et leur ordonnateur. Glorifié es-Tu, ô mon Dieu! Si Tu cesses d'être miséricordieux envers tes serviteurs, qui donc leurs témoignera de la miséricorde, et si Tu refuses de secourir ceux que Tu aimes, qui pourra leur venir en aide ? Glorifié, immensément glorifié sois-Tu! Tu es adoré en ta vérité et c'est Toi, en vérité, que nous adorons tous. Ta Justice est évidente et tous nous en portons témoignage. Tu es, en vérité, bien-aimé dans ta grâce. Il n'y a pas d'autre Dieu que Toi, l'Aide dans le péril, Celui qui subsiste par Lui-même. »

                                                                                              Bahá’u’lláh [16]

 

Contexte

            Le thème principale de ce deuxième colloque de l’AFEEB est « Transformations de la société et du monde Bahá'í : quelle place pour l'individu ? ».

 

            Tout système organisé, concret ou abstrait, au sein de notre monde contingent est vivant et donc en mouvement. Cela veut dire qu’il naît, se transforme sans cesse et meurt, car soumis à la loi implacable de l’espace-temps. Mais s’il est vrai que tout système meurt dans sa forme au sein de l’Espace/Temps, il est vrai (au moins pour les croyants en une vie éternelle) que cette forme continue son évolution dans le royaume de Dieu sur un autre plan de subtilité, sa « forme pensée ». Par ailleurs, il en est pas moins aussi vrai que cette forme a la possibilité de se multiplier au travers d’une descendance, et donc d’une certaine manière de perdurer, de se transformer et d’évoluer dans la réalité de l’Espace/Temps, d’où cette première relation intéressante à développer entre l’individu et le groupe, entre conscience individuelle et conscience de groupe ou conscience collective, et d’une manière plus générale entre la partie et l’ensemble. Il nous semble qu’une des forces majeures qui sous-tend ce mécanisme de transformation, à travers la loi de l’évolution, est justement l’émergence et le développement de la conscience. Nous sommes même convaincu que le but essentiel de la vie est le développement de cette conscience au niveau planétaire comme le suggère la Foi Bahá’íe, et même au niveau cosmique. Cette idée semble être magnifiquement résumée par cette prière de Bahá’u’lláh :

« Ô mon Dieu ! Tu me vois m'accrochant à toi, détaché de tout sauf de toi. Guide-moi dans mes décisions afin qu'elles me soient profitables, pour la gloire de ta Cause et l'élévation de tes serviteurs. » [1]

 

            Nous voulons croire que Bahá’u’lláh, en parlant de « l’élévation de ses serviteurs », parle en fait ici de l’élévation de la conscience humaine, de la conscience de l’humanité. Et parlant de « la gloire de Sa Cause » il fait ici allusion au Monde des Manifestations au seuil duquel nous devons, d’une manière ou d’une autre, toutes et tous arriver. « Par l’apparition de l’esprit dans le corps, ce monde devient lumineuxAbdul’Bahá [4]

 

Thème

Toute réflexion s’appuie et renvoie à des mots, c'est-à-dire des concepts ou idées qui sont autant de models, de représentations d’une réalité, qui touchent soit le monde manifesté ou sensible (notre monde physique qu’étudient les sciences), soit le monde non manifesté ou non sensible (le monde abstrait pour certain, le monde Divin pour d’autres et que traitent la philosophie et notamment la métaphysique, l’ésotérisme et les religions). Toute réflexion est donc à la fois épistémologique puisqu’elle s’appuie sur des concepts qui ont leurs propres évolutions intrinsèques, et ontologique puisqu’elle essaie de construire et/ou reconstruire un modèle qui tente de représenter soit un objet physique, soit un objet abstrait, c'est-à-dire une connaissance ou un ensemble de models et la relation entre ces models.

            Une réflexion sur la conscience nous renvoie inévitablement à un questionnement sur notre propre nature, nature divine ou spirituelle et nature animale ou physique. C’est une question essentielle car une tentative de réponse doit donner sens à notre existence, à notre sentiment d’être et finalement à notre propre finitude, à notre propre mort note 1.

 

note 1 « O fils de l’Être suprême ! De la mort j’ai fait pour toi une messagère de joie. Alors, pourquoi t’affliges-tu ? J’ai fait la lumière pour qu’elle t’illumine de sa splendeur. Pourquoi te voiles-tu devant-elle ? » - Bahá’u’lláh [14 – verset 1.32] ; « O fils de l’homme ! Tu es mon bien et mon bien ne périt pas ; pourquoi donc crains-tu de mourir ? Tu es ma lumière et ma lumière ne s’éteindra jamais ; pourquoi crains-tu l’extinction ? Tu es ma robe et ma robe jamais ne s’usera. Reste ferme en ton amour pour moi afin de me trouver au Royaume de Gloire. »  Bahá’u’lláh [14 – verset 1.14]

 

Mais au-delà de notre cas particulier, notre rang d’homme, la question se pose en des termes identiques pour toutes choses créées : minérales, végétales, animales, pour le monde et l’univers dans lequel se monde naît, se déploie et se meurt.

            Une réflexion sur la conscience et l’effort que chacun d’entre nous pourra mener tout au long de sa vie terrestre pour élever sa conscience propre, et par voie de conséquence la conscience de la société dans laquelle il vit, contribue à combattre les préjugés et l’ignorance : deux terribles méfaits humains qui ne peuvent conduire qu’à la violence et donc à la souffrance et ainsi inévitablement au cycle infernal des guerres quelques soient leurs degrés d’amplitude, aux niveau des personnes ; des groupes sociaux ou corporations, des Etats ou des Fédérations d’Etats.

 

« L'ignorance est la cause première des méfaits: c'est la raison pour laquelle nous devons nous tenir fermement aux instruments de la perception et du savoir. L'intégrité morale doit être enseignée. La lumière doit être propagée afin que, à l'école de l'humanité, tous puissent acquérir les caractéristiques célestes de l'esprit et constater par eux-mêmes que, sans nul doute, il n'est pas d'enfer plus terrifiant ni d'abîme plus ardent que de posséder un tempérament mauvais et corrompu; qu'il n'est pas de fosse plus ténébreuse ni de tourment plus abhorré que de manifester une nature condamnable. » Abdu'l-Bahá [2]

 

Développement

I. Qu’est que la conscience ?

L’objet même de cette étude est justement de tenter de répondre à cette vaste question. Ainsi, notre étude doit porter dans un premier temps sur une première définition simple du mot conscience. La définition d’un mot utilise d’autres mots qu’il est nécessaire de définir à leurs tours et ainsi de suite. Pour cela nous pouvons utiliser dans un premier temps tout simplement le dictionnaire [3]. Quelque soit le mot de départ, c’est toujours un exercice très intéressant et qui peut parfois nous amener dans un long et magnifique voyage.

 

Le terme conscience vient du latin conscientia qui renvoie à science. La science (lat. sciencia) est définie comme un ensemble cohérent de connaissances relatives à certaines catégories de faits, d’objets ou de phénomènes obéissant à des lois vérifiées par des méthodes expérimentales. La science s’appuie donc sur des mesures et l’explication cohérente de celles-ci. Science renvoi à connaissance et à connaître du latin cognoscere. Connaître renvoi d’une part à savoir, du latin sapere, et d’autre part à idée, du latin idea. Nous pouvons associer à savoir quatre définitions : 1. être instruit, c'est-à-dire être informé des données, des faits note 2 ; 2. pouvoir, c'est-à-dire posséder les talents et les moyens de travailler avec ces données et ces faits, notamment mettre en œuvre des processus expérimentaux afin de vérifier les lois relatives aux faits, objets et phénomènes ; 3. la mémoire qui permet de relier ces données et ces faits au passé et les mettre en perspective (mécanisme de déduction) ; 4. Prévoir enfin, qui permet d’anticiper l’avenir à partir de la réflexion sur ces données et ces faits à la lumière du passé (mécanisme d’induction ou inférence). L’homme cherche désespérément à prévoir, anticiper son futur pour mieux s’y adapter et le contrôler, pour son propre bénéfice.

 

note 2 Il serait fort intéressant de développer le concept de fait, car un fait s’il est objectif par lui-même, est par définition subjectif par sa perception. Hors l’être perçoit le fait au travers de ses sens d’une part, mais également au travers de sa culture, de son histoire personnelle, toutes deux étant par définition contingentes. Nous voyons chacun le fait à partir d’un certain angle de vue. Pour cette raison le fait n’est pas tangible mais relatif et c’est pour cela qu’il est si difficile d’appréhender le réel et de le comprendre, surtout de le comprendre de la même manière et ainsi de pouvoir partager une vision commune.

 

Le savoir manipule des idées. Avoir une idée est l’action de rendre sensible quelque chose au moyen d’une figure, d’un symbole, d’un signe note 3.

 

note 3 Cette notion est extrêmement délicate mais importante pour la suite de cette étude. Si avoir une idée est l’action de rendre sensible quelque « chose », cela revient à dire que cette « chose » préexiste dans une dimension non sensible. Une idée serait donc l’actualisation sensible d’une « chose » préexistante non sensible, au travers le plus souvent d’une forme abstraite (figure, symbole, signe) dans un premier temps, puis parfois concrète (manifestation matériel, biologique ou physique). Abdul’Bahá dans les leçons de Saint-Jean-d’Acre parle de trois formes de préexistence : la préexistence de l’Essence ; la préexistence du Temps et la préexistence de la Gloire (c'est-à-dire le rang, ou la qualité de l’essence en fonction de ses attributs). La préexistence n’a pas de cause, elle est en dehors de l’espace/temps [4]. Cette présentation se rapproche de la philosophie platonicienne.

 

Une idée est une représentation d’une pensée ; de penser, du bas latin pensare. La pensée note 4 est une faculté de l’esprit.

 

note 4 Selon Bertrand Vergely « la pensée qui a servi de cadre mental à l’Antiquité constitue le fondement de la civilisation occidentale. Elle s’est développée entre le VIe siècle av. J.-C., lorsque sont apparus les premiers philosophes, et le Ve siècle apr. J.-C., date à laquelle Saint Augustin (354-430) écrit La Cité de Dieu . C’est au génie de cette pensée que nous devons la découverte de la Raison (en grec logos) qui, en se voulant un juste rapport à soi et au monde, a permis la naissance de la science moderne. » [6]

 

Esprit, du latin spiritus, renvoie d’une part au concept d’âme qui vient du latin anima et qui signifie souffle, vie ; et renvoie d’autre part à la notion d’intelligence du latin intelligere et qui signifie la faculté de saisir par la pensée, de comprendre. Comprendre, du latin comprehendere renvoie « à saisir le sens de »  et concevoir du latin concipere, qui signifie prendre, se représenter par la pensée, c'est-à-dire utiliser sa raison note 5 (lat. ratio ; grec logos), élaborer dans son esprit. Ici la boucle est bouclée, intelligence et concevoir renvoie tous deux à mental du bas latin mentalis (de mens, mentis), siège de la raison, et nous retombons ainsi sur le mot esprit.

 

note 5 Au VIe siècle av. J.-C. un évènement qui va changer le cours du monde se produit : des hommes entreprennent de se diriger dans la vie en se fondant uniquement sur leur raison. Selon Karl Jaspers (1883-1969), cet évènement a lieu presque simultanément partout dans le monde : En Chine, Lao Tseu (v. 572 – v. 490 av. J.-C.) développe une sagesse qui fait appel  à la prise de conscience personnelle. En inde, Bouddha (566 – v. 480 av. J.-C.) enseigne qu’il faut pratiquer une transformation de soi-même et non vivre de façon extérieure. En Israël, le prophète Isaïe (746 – 701 av. J.-C.) rappelle que l’homme religieux doit avant tout être un homme moral luttant pour la justice. Partout des sages invitent les hommes à une prise de conscience. [6]

 

Etymologiquement il y a donc deux racines latines au mot esprit : spiritus et mentis (ce dernier issu du bas latin). Il semble que quelque soit le chemin que notre réflexion puisse prendre, nous retombons systématiquement sur cette polarité ou dialectique entre une réalité transcende (que l’on peut associer à l’esprit Spiritus) et une réalité physique (associée dans ce cas à l’esprit mentis). Ainsi, aborder le thème de la conscience revient à réfléchir sur la relation entre Science et Religion : le monde sensible objectif (« visible » ou extérieur – « le dehors » de P. Teilhard de Chardin (1881-1955)) et le monde non sensible subjectif (« invisible » ou intérieur – « le dedans » de P. Teilhard de Chardin [5]).

 

Donc, penser consciemment c’est être présent à tout ce que l’on fait. C’est dans cet état d’éveil et de vigilance que l’homme commence à voir et à faire des découvertes. En pratiquant un retour sur soi, il est possible de faire jaillir un nouveau rapport au monde. Martin Heidegger (1889-1976) a rappelé que logos (raison), signifie originellement « rassemblement », « recueillement ». Pour les penseurs de l’Antiquité vivre dans la raison voulait dire vivre dans l’harmonie créée par le rassemblement sur soi provoqué à la suite d’une prise de conscience de sa vie. Selon Héraclite d’Ephèse (v. 576 – v. 480 av. J.-C.), l’homme qui n’est pas éveillé vit replié dans son monde. L’homme éveillé vit au contraire ouvert au monde commun des hommes. On peut dire qu’une prise de conscience s’est faite aux environs de 600 ans avant notre ère. [6]

 

II. Postulats et hypothèses de travail

Dans cette présente étude nous prendrons comme modèle de réflexion, à la lumière des Enseignements de Bahá’u’lláh et de ses disciples, notamment l’œuvre considérable de J.M. Lepain : Archéologie du royaume de Dieu, un modèle de trois mondes :

1. le monde de l’Essence Divine, le monde de Dieu Omniscient et Omnipotent (que nous pouvons associer au principe chrétien de « Père »), sur lequel rien ne peut être dit.

2. le monde non sensible, le monde des Réalités Essentielles, le monde des Manifestations, émanation du monde de l’Essence Divine (que nous pouvons associer au principe chrétien de « Saint Esprit »), sur lequel rien également ne peut être dit, si ce n’est la lecture des Textes Sacrés offerts par les Manifestations de Dieu à l’Humanité dans le cours de sa croissance et de la révélation progressive.

3. Enfin, le monde sensible (Espace/Temps, le monde de la forme), le monde de l’Être note 6, actualisation du monde des Manifestations (que nous pouvons associer au principe chrétien de « Fils »).

 

 note 6 La première question que les penseurs de l’Antiquité se sont posée est celle de savoir ce qu’est la réalité. Cette question, les philosophes l’ont intitulée par la suite la question de l’Être. C’est elle que l’on trouve au cœur de la métaphysique, cette discipline qui s’efforce de connaître le fondement ultime de ce qui est. Au VIe siècle av. J.-C., c’est la question que s’est posée Parménide d’Elée (v. 504 – v. 450 av. J.-C.) et c’est avec cette question que la philosophie a véritablement prit son essor. Il est intéressant de souligner que Parménide d’Elée obtiendra la réponse à sa question grâce à l’intercession d’une divinité céleste au travers d’un  songe, vision qu’il nous relatera dans son poème  De la nature. En résumé, l’Être est. Le non-Être n’est pas et il ne faut pas confondre le non-Être et le néant. Enfin, l’Être et la Pensée sont une seule et même chose. Parménide d’Elée pose les bases de la logique selon B. Vergely. [6]

 

C’est de ce troisième monde dont il est question ici, le monde de l’Être qui peut être représenté par l’humanité entière ou une composante de celle-ci à savoir l’individu, l’Homme note 7.

 

note 7 Pour Socrate (v. 485 – v. 411 av. J.-C.), être un homme ce n’est pas dire « je », mais dire « je pense ». Car l’homme véritable est celui qui sait ce qu’il fait. Il est présent à sa vie par sa conscience. Accéder à cette conscience ne va pas de soi. Pour y parvenir, il faut accepter que le fond de nous-mêmes ne soit pas quelque chose que l’on puisse toucher, voir ou sentir, mais quelque chose d’invisible, d’immatériel, de spirituel en un mot. Il faut également accepter que quelque chose soit donné avant nous-même qui ne soit pas nous-même et qui néanmoins, nous permette d’être nous-mêmes. Pour Socrate l’homme ne peut pas se confondre avec son corps. Socrate a cherché à soigner les âmes de son temps en les éveillant par des questions et, en se faisant, c’est toute la culture qu’il a éveillée. [6]

 

Concernant ce dernier, notre hypothèse de travail sera de considérer la conscience sous deux aspects : une conscience (avec un petit c) qui est attaché à la forme, fruit de l’évolution de la matière et dont le siège connu aujourd’hui est le cerveau humain, un des domaines de pointe de la recherche en biologie humaine connu sous le terme de neurosciences. Nous appellerons dans la suite de ce travail cette conscience ego, persona ou personnalité ; puis une Conscience transcendante (avec un grand C) qui serait le reflet (ou interaction) plus ou moins parfait de la « lumière » des Manifestations sur l’individu. Nous appellerons dans la suite de ce travail cette Conscience Ego, Âme ou Être. Cette approche est en fait très socratique. De plus, cette approche peut être généralisée à toute forme de vie : minérale, végétale, animale, et jusqu’à des formes plus abstraites telles que les structures collectives ou associations, les institutions, les pays, les continents, les planètes (les sciences ésotériques parlent d’égrégores).

 

Ainsi, notre hypothèse de travail est de postuler que la « Lumière » du monde des Manifestations, elle-même émanation de l’Essence Divine, se reflète sur les formes (corps) du monde sensible et que de ce reflet naît en fait une double conscience, dont l’une, la face extérieure, est la personnalité (ego), transitoire, finie, qui doit disparaître car attachée à la forme (corps)  - de ce point de vue les rationalistes nihilistes ont tout à fait raison -, et dont l’autre, la face intérieure, est l’Âme (Ego), d’essence éthérique (corps lumineux), éternelle et infinie qui après la désagrégation de la forme, qui est son point de départ (processus d’individuation) et son véhicule, continue sous une forme plus subtile son voyage éternelle et son déploiement dans les mondes sensibles éthériques qui sont structurés en plusieurs strates note 8 que l’on pourra assimiler aux anciens concepts de « paradis, purgatoire et enfer », le monde d’Abhá, le monde de l’Être, et continue par la même de participer à l’évolution de l’Être et de son actualisation dans les mondes sensibles : notre logos planétaire, le logos solaire, le logos galactique et ainsi de suite jusqu’à concevoir l’Être suprême qui représente et englobe l’Univers entier (il faut imaginer ici un modèle d’inclusion à l’image des poupées russes). Ces Consciences seront évidemment plus ou moins évoluées selon le degré d’évolution de la Forme (du miroir) qui lui sert ou lui a servi de véhicule, d’individuation. Notons au passage qu’à chaque Révélation, à chaque Manifestation, ces Consciences éthériques ont l’opportunité de s’éveiller (résurrection) à la réalité de l’Essence Divine et donc de s’approcher un peu plus de l’Aimé.

 

note 8 « Quand à ta question concernant les mondes de Dieu, saches en vérité que ces mondes sont infinis dans leur nombre autant que dans leur étendue. Nul ne peut les compter ni embrasser, si ce n’est Dieu, l’Omniscient, le Très-Sage. » Bahá’u’lláh [7]

 

 

 

III. Double support de la conscience – nature divine & nature animal de l’Homme

            IIIa. Corps - Âme – Esprit

            Une des hypothèses de base est donc de s’appuyer sur le très vieux principe en trois parties qui remonte à Aristote (384 – 322 av. J.-C). Mais selon Jean-Marc Lepain, Abdu’l-Bahá applique ce principe dans un cadre non aristotélicien. Jean-Marc écrit : « Nous pouvons considérer un « esprit » comme un ensemble de propriétés émergentes de la matière. Ces propriétés préexistent dans l’Univers de manière non individualisée, ce que Bahá’u’lláh appelle la préexistence. L’homme est un composé de trois parties : le corps, l’esprit et l’âme. » [Communication personnelle]

 

« Comme le corps dépend de l'esprit et n'existe que par lui, par rapport à l'esprit, il est une contingence d'essence. L'esprit, lui, est indépendant du corps, et par rapport au corps, il est une préexistence d'essence » Abdu'l-Bahá [4]. « L’âme n’est pas une combinaison d’éléments ; elle n’est pas composée d’une multitude d’atome, mais d’une substance unique et indivisible ; c’est pourquoi elle est éternelle. Elle est d’un tout autre rang que les créatures du monde physique : elle est immortelle » Abdu'l-Bahá [13].  

 

            Si nous rapprochons ce triptyque aux enseignements d’Abdul’Bahá dans les leçons de Saint-Jean-d’Acre [4], nous pouvons proposer les associations suivantes. De plus en nous appuyant sur l’article de Louis Hénuzet sur la « Dimension Spirituelle de l’Homme » [10] nous pouvons enrichir ces associations avec la correspondance des mots arabes.

 

v      « Esprit » çè « Esprit Saint », «C’est l’intermédiaire entre Dieu et la créature ». « le Saint-Esprit est l’intermédiaire des lumières sacrées qui viennent du Soleil de Réalité, et qu’il fait parvenir aux saintes réalités (Les Manifestations de Dieu). » Abdul’Bahá [4]

Dans ce contexte, Esprit correspondrait à l’arabe Rúh. Ainsi, Saint-Esprit serait ici équivalent à Ruhú’l-Quds, et Rúh-i-A’zam (Très Grands Esprits) correspondrait à l’Esprit des Manifestations.

 

v       « Âme » çè  « Esprit de Foi » : «Il vient des souffles du Saint-Esprit et, par le pouvoir divin, il est la cause de la vie éternelle. C’est ce pouvoir qui rend céleste l’homme note 9 terrestre et parfait l’homme imparfait. » Abdul’Bahá [4] – Cette dimension correspondrait à ce que l’on appelle dans cette étude l’Ego, la conscience avec un grand « C ». Dans ce contexte, Esprit de Foi serait équivalent à Rúh-i-Insani. Rúh est donc le principe immortel qui survit à la mort physique. C’est le principe essentiel de l’homme « non composé » [10]. « Sache, en vérité, que l’âme, après qu’elle a été séparée du corps, continue de progresser dans un état et des conditions que ne sauraient changer ni les révolutions des âges et des siècles, ni les hasards et vicissitudes de ce monde, jusqu’à ce qu’elle ait accédé à la présence de Dieu … La nature de l’âme après la mort ne pourra jamais être décrite et il n’est ni opportun ni permis de révéler son véritable caractère aux yeux des hommes. » Bahá’u’lláh [15].

 

note 9 Nous avons beaucoup de difficultés en lisant les leçons de Saint-Jean d’Acre à saisir le sens que Abdul’Bahá donne à la notion d’homme selon le contexte. Parfois le mot homme désigne le corps terrestre, mais il nous semble que dans la plus part des cas le mot homme désigne l’« homme type », c'est-à-dire le Principe Humain et correspondrait dans ce cas à l’Homme final, l’Homme parfait, but de la vie que l’on pourrait associer au logos planétaire. « L’homme n’est pas homme par son corps mais par son âme. L’homme, l’homme véritable, est une âme et non un corps ; bien que – physiquement – il appartienne au règne animal, son âme l’élève au-dessus du reste de la création (…) c’est l’âme qui fait de l’homme une entité céleste » Abdul’Bahá [13]. Shogi Effendi parle d’ailleurs d’une unité organique de l’Humanité au terme du processus de maturation de la civilisation humaine. « Le but de la vie est l’apparition des qualités divines » ; « L’homme, depuis le commencement, existait dans cette forme et cette composition parfaite, il avait l’aptitude et la capacité d’acquérir les perfections matérielles et spirituelles, et il était la manifestation de « Nous ferons l’homme à notre image et à notre ressemblance » ». « Cet homme dont nous parlons n’est pas n’importe quel homme, mais bien l’homme type » [4]. Si l’on veut comprendre les leçons de Saint-Jean-d’Acre, il faut comprendre que Abdul’Bahá, quand il parle de l’homme, parle de l’Homme Type, « l’Esprit de Foi », la conscience avec un grand C, ce que nous appelons Ego. « Toutes les créatures, grandes ou petites, ont été créées, dès le début, complètes et parfaites ; seulement les perfections apparaissent en elles peu à peu » ; « L’esprit humain est un dépôt divin ; il doit traverser tous les degrés, car son passage et son mouvement à travers les degrés de l’existence sont le moyen par lequel il acquiert les perfections ». [4]

 

v       « corps » çè  Le corps de l’homme (Jism en arabe) est une combinaison de plusieurs « Esprits ». Si l’ego disparaît à la mort, les autres esprits et leurs véhicules correspondants reprennent leur propre degré de liberté et leur propre temps d’évolution (notamment pour les composantes minérales et atomiques). Dans cette approche le corps physique de l’homme est considéré comme un agrégat de plusieurs corps de niveau inférieur (animal, végétal, minéral, atomique).

o        « Esprit humain », colorée si l’on peut dire par l’existence terrestre. Abdul’Bahá nomme également cet « Esprit humain » l’« âme douée de raison » qui découvre et comprend le monde contingent grâce à la raison, mais assisté de l’«Esprit de Foi ». Cet « esprit humain » est polarisé. « Cet esprit humain a deux aspects, il est ou divin ou satanique ; ou bien capable de la plus grande perfection, ou bien il est capable de la plus grande imperfection. S’il acquière des vertus, l’homme devient la plus noble des contingences, mais s’il acquiert des vices, il sera la plus vile des créatures. » [4]. Cette dimension correspondrait à ce que l’on appelle dans cette étude l’égo, la conscience avec un petit « c », c’est notre personnalité contingente.

Dans ce contexte l’esprit doué de raison, à son plus haut niveau, serait équivalent à Náfs-i-Natiqih. En effet, déjà dans le Coran serait décrit trois états de Náfs. Dans les écrits Bahá’í ses états sont un peu plus développés :

- náfs-i-ammarah                 : ego à son niveau le plus bas (Tentations, répulsions, perversions).

- náfs-i-mu’mena                  : l’esprit de croyant qui se tourne vers Dieu.     

- náfs-i-muquina                  : l’esprit de certitude en la réalité de Dieu.

- náfs-i-mutma’innah            : l’esprit serein note 10 qui est un degré supérieur de la Foi.

Et enfin, Náfs-i-Natiqih qui serait à ce niveau équivalent à Rúh-i-Insani mais nous supposons que les deux termes permettent de mettre en évidence un changement d’Etat, une transformation essentielle du niveau de conscience : l’ego (conscience) devient Ego (Conscience) comme le papillon sortant de sa chrysalide.

 

o       « l’Esprit Animal » ou Rúh-i-Hayvani dont la caractéristique est le pouvoir des sens. « l’Esprit humain se développe et pousse par l’esprit animal » Abdul’Bahá [4]. Nous comprenons ici que l’esprit animal sert de véhicule à l’esprit humain.

 

o       « Esprit végétal » ou Rúh-i-Nabati dont la caractéristique est le pouvoir de croissance. L’esprit végétal sert de véhicule à l’esprit animal.

 

o       Cela n’est pas mentionné dans le paragraphe XXXVI des leçons de Saint-Jean-d’Acre, mais nous rajouterons l’« Esprit minéral » ou Rúh-i-Jamadi [10] dont la caractéristique est le pouvoir de combinaison. L’esprit minéral sert de véhicule à l’esprit végétal.

 

note 10  Dans le récit des quatre vallées de Bahá’u’lláh [11], il est fait mention de trois vallées successives qu’il faut traverser afin de parvenir à l’Esprit Serein : la vallée de la Volonté ; la vallée de la Connaissance puis la vallée de l’Amour. Quand à la quatrième vallée, que dire … elle est un lieu que notre imagination ne peut appréhender et ne serait réservée qu’aux Manifestations de Dieu. Il est intéressant de noter que ces trois vallées ou états peuvent être rapprochées des trois Rayons Majeurs enseignés par la Théosophie : respectivement le Rayon de Pouvoir/Volonté ; le Rayon d’Intelligence Créatrice et le Rayon d’Amour/Sagesse. « Si l’homme n’ouvre pas son cœur et sa raison à la bénédiction de l’esprit et s’il tourne son âme vers la matière et le côté physique de sa nature, il déchoit de son rang élevé et devient inférieur aux créatures animal… Si au contraire, le caractère spirituel de l’âme a été fortifié au point de maîtriser le côté physique de l’homme, celui-ci peut s’approcher du divin …il rayonne la grâce de Dieu, stimule le progrès spirituel de l’humanité car il devient un phare éclairant le chemin ». Abdu’l Bahá [13]

 

            Nous reprenons donc cette représentation en trois parties. Esprit / Âme / Corps. Nous pouvons d’ailleurs retrouver cette représentation dans d’autres domaines, la religion chrétienne avec le triptyque « Père / Saint Esprit / Fils » ; l’alchimie avec le triptyque « Soufre / Mercure / Sel » et le taoïsme avec le triptyque « Yin / Tao / Yang », pour n’en citer que quelques uns. Nous pouvons même appliquer cette représentation en trois niveaux à la Foi Bahá’íe avec le triptyque : « Dieu / Manifestations / Être » comme nous venons de l’expliciter plus haut au travers des leçons de Saint-Jean-d’Acre. Notre hypothèse de travail est justement à partir de ces schémas de positionner la conscience entre Esprit et Corps. Pour les alchimistes du XIIe siècle c’est bien le mercure, l’âme du monde, qui est le plus important.

 

            La science nous montre que la matière telle que nous la voyons aujourd’hui a émergée il y a environ 15 milliard d’années d’une inconcevable source d’énergie, d’une soupe de particules élémentaires qui se trouvait à une densité et à une température extrêmement élevées. La théorie en vigueur parle de manière imagée du modèle du « Big Bang » mais notons que nous ne savons rien des conditions initiales. La théorie des physiciens s’arrête à 10-43 secondes après le « Big Bang », ce qui est appelé le « mur de Planck ». Cette énergie primordiale serait, de notre point de vue, une actualisation du monde des Manifestations, lui-même émanation du monde Divin. Evidemment, nous nous plaçons ici dans le monde de l’Être que nous avons vu précédemment, au sein du monde physico-chimique, monde de la dualité, de l’espace-temps.

De l’interaction entre l’Esprit, qui représente ici cette énergie issue du monde des Manifestations, et la matière émerge l’Âme. Mais cet Esprit va pouvoir également continuer à transformer la matière à travers le filtre de l’Âme qui va pouvoir ainsi à son tour jouer le rôle d’un accélérateur, le rôle de canalisateur, de transformateur.

 

            Ainsi, une de nos hypothèses est de dire que toute forme est composée de deux faces : une face intérieure et une face extérieure, cette idée a été largement développée par Pierre Theillard de Chardin (1881-1955) dans son œuvre maîtresse le « Phénomène humain » écrit en 1948, sept ans avant son décès. Teilhard de Chardin considérait cet essai comme un mémoire scientifique sur une « Introduction à une explication du Monde » : à partir de l’idée que l’esprit de recherche et de conquête (la pensée) est l’âme permanente de l’Evolution. Cet esprit étudie « ce que devient et exige l’homme » placé tout entier et jusqu’au bout dans le cadre des apparences. En effet, pour Teilhard de Chardin l’Homme s’impose comme la clef de l’Univers. Bon gré mal gré, l’Homme se trouve et se regarde lui-même dans tout ce qu’il voit. Hors, l’accroissement de vision, c’est un accroissement de conscience qui supporte lui-même un accroissement d’unité. « Être plus, c’est s’unir d’avantage » tels sont le résumé et la conclusion de son œuvre selon son auteur. [5]

 

            Selon notre approche, la face extérieure dans le processus d’évolution de la matière va aboutir à l’émergence d’une conscience que l’on pourrait nommer de biologique et qui correspondrait à notre ego, notre persona, notre personnalité fortement teintée des propriétés intrinsèques de notre corps biologique. Cette conscience, avec un petit c, disparaît à la dissolution de la forme, donc à la mort de celle-ci. La face intérieure vient du processus d’individuation. Cette conscience, avec un grand C, émerge de l’interaction de l’Esprit sur le corps. « L’âme de l’homme vient à l’être au moment de la conception. » Shoghi Effendi (Lettre du 1er Avril 1946) [10]. Comme nous l’avons vu plus haut, cette conscience serait en fait l’Esprit de Foi, un ensemble de propriétés émergentes mais non liées au corps biologique. Selon Jean-Marc Lepain, cette conscience spirituelle est liée à l’ouverture de l’œil spirituel ou vision que Bahá’u’lláh appelle « basar ». Ce mot est un terme arabe qui a lui-même de nombreux dérivés, mais toujours selon Jean-Marc Lepain, Bahá’u’lláh parle beaucoup du « basar », de cet œil spirituel, surtout dans les prières.

 

Dans le cadre de cette étude nous proposons trois processus ou mécanismes de base qui, de notre point de vue, agissent sur l’évolution des formes physiques note 11 et abstraites, et donc sur l’évolution de la conscience.

 

note 11 Si Parménide d’Elée (v. 504 – v. 450 av. J.-C.) en méditant sur l’Être est parvenu à la logique, Pytaghore (v. 570 – v. 500 av. J.-C.), lui est parvenu au nombre. Le grand historien de la pensée antique que fut Diogène Laërce (début du IIIe s. av. J.-C.), résume bien sa pensée lorsqu’il écrit : « Pour Pythagore, le principe des choses est la monade (unité). De la monade indéterminée est sortie la dyade (dualité), matière indéterminée soumise à la monade qui est la cause. De la monade parfaite et de la dyade indéterminée sont sortis les nombres, des nombres les points, des points les lignes, des lignes les surfaces, des surfaces les volumes et des volumes tous les corps ». [6]

 

            Le premier mécanisme est le principe de polarisation. Nous vivons dans un monde de dualité note 12. Un pôle positif, un pôle négatif et surtout l’interaction entre ces deux pôles. Cette interaction suit une loi très simple d’attraction / répulsion qui est à la base de l’ensemble des propriétés inhérentes de la matière. Il nous semble que la conscience se situe justement à ce niveau d’interaction : dans la philosophie Taoïste, la conscience serait donc le Tao issu de l’interaction entre le Yin et le Yang. Cette polarisation existe à tous les niveaux de complexité des formes contingentes. Seul les échelles de grandeur ou d’inclusion changent, mais le principe de base reste le même.

 

note 12 Si, par opposition à Parménide d’Elée, Héraclite (v. 576 – v. 480 av J.-C.), avec sa philosophie du devenir, a montré qu’il était possible de penser le mouvement et la contradiction sans contradictions, montrant ainsi que le changement c’est aussi la vie et son dynamisme créateur, Empédocle d’Agrigente (v. 490 – v. 435 av. J.-C.) a soutenu que toutes choses sont guidées par l’amour et la haine ou plus exactement le combat (grec polemos) qui doit être compris ici comme un principe de séparation positive.

 

            Le deuxième mécanisme qui découle bien entendu du premier est le principe d’agrégation et de complexité. Ce qui explique, selon Edgar Morin et Boris Cyrulnik, le principe d’émergence et de gradualité à la base de l’évolution biologique, de l’évolution des formes et notamment de l’évolution humaine [8]. Il nous semble que l’émergence et l’évolution de la conscience suit très précisément l’émergence et l’évolution des formes complexes, et l’Homme en est un parfait exemple note 13 (Evolution progressive des formes-véhicules (physiques & biologiques) ; révélation progressive permettant l’évolution progressive de la conscience).

 

note 13 B. Vergely écrit « A chaque fois que nous sommes devant un homme vivant, nous sommes en mesure de le comprendre. Celui-ci est multiple et divers. Son corps, sa vie sont devenus langage. Hors qu’est ce que le langage sinon le fait de lier et de délier sans cesse du sens à travers les mots ? N’est-ce pas le propre du langage de fixer le sens des choses et de faire circuler et évoluer ce sens sans que cela ne se contredise ? ». Si le corps et les actions de l’homme peuvent être vus comme un langage, alors que dire d’un ensemble d’hommes. « Ce n’est donc pas par hasard si les interrogations des penseurs de l’Antiquité ont fini par converger vers les questions de la Cité, de la justice et des hommes. La Cité n’est-elle pas par excellence le lieu des échanges, de la communication, et donc du langage ? ». Au VIe siècle av. J.-C., Anaximandre (v. 610 – v. 546 av. J.-C.) a pressenti cette importance de la Cité ainsi que des questions relatives à la justice. [6]

 

            Enfin, le troisième mécanisme ou plutôt constat, est le concept de fractales. Ce concept a été inventé en 1962 par le mathématicien français Benoît Mandelbrot (1924 - ) qui observé des propriétés émergentes en économétrie puis dans la nature toute entière. Pour faire simple, une fractale est obtenue par répétition ou itération d’une même opération sur chaque tronçon d’une forme. Les courbes fractales possèdent la propriété d’autosimilarité : chaque tronçon grossi est semblable à la courbe entière. Benoît Mandelbrot remarqua que les formes naturelles répondaient souvent à des propriétés de ce type : contour des nuages, méandres des rivières, un flocon de neige. Les équations qui conduisent à des formes fractales sont beaucoup utilisées en réalité virtuelle et dans l’art.

Il nous semble que la conscience suit cette théorie fractale selon l’échelle à laquelle on se place, de l’atome à l’Univers dans son entier. Cette proposition est sans doute osée, mais nous pensons même que l’accroissement de la conscience est une fractale note 14. Car, justement le processus de croissance de la conscience suit une loi itérative sur des niveaux de plus en plus complexes et englobant : consciences minérale et végétale (infinitésimales) ; conscience animale (très pauvre) ; conscience humaine qui doit aboutir vers une conscience globale planétaire, une conscience parfaite à l’échelle de notre humanité. « L’esprit de l’homme fait vivre le corps de l’homme. De même, le monde est comme le corps et l’homme comme l’esprit ». Abdul’Bahá [4].

 

note 14 Le principe géométrique ternaire peut être vue justement comme une fractale. C’est finalement la manifestation des deux premiers principes : le principe de polarité et le principe d’agrégation. En effet, si nous généralisons ce modèle toute forme peut être vue comme un principe ternaire : un pôle positif, masculin – Esprit ; un pôle négatif, féminin – le corps ; et l’interaction de ces deux pôles – l’Âme, c'est-à-dire la Conscience (noter ici le grand C). La Lumière de l’Esprit se reflète sur le corps et crée l’Âme. Mais cette Âme a deux faces : une face interne, éternelle, l’Individu, et une face externe, contingente et finie, la personnalité. Toute forme visible dans le monde de l’Être peut être vue sous cette forme géométrique ternaire. Mais, si nous développons ce modèle à son stade d’évolution ultime, absolu, nous arrivons à l’idée d’un Être Cosmique ternaire constitué d’un Esprit Unique, l’Esprit de Dieu ; d’une Âme dont la face interne est le monde des Manifestations, une Conscience avec un grand C, l’Individu Cosmique ; et la face externe, la conscience ultime, unifié du monde de l’Être, la conscience avec un petit c, c'est-à-dire la personnalité ultime et probablement l’Homme parfait auquel Abdul’Bahá fait allusion dans ses leçons de Saint-Jean d’Acre. Reste le corps, le véhicule qui est ce monde organique unifié à l’échelle de l’Univers et dont parle Shoghi Effendi à l’échelle de la planète. La Vie aurait donc pour objectif l’actualisation de cet Être Cosmique dont le projet définitif, immuable et inaltérable est dans l’Esprit de Dieu. La question reste à savoir pourquoi, mais nous ne pouvons pas en connaître la réponse. Alors, travaillons en confiance, avec humilité, sérénité, paix et détermination au Plan de Dieu, car ce Plan est incontournable.

 

         Forts des définitions que nous venons de voir, des postulats et hypothèses nous en arrivons donc à la proposition principale ou à la partie appelée dans cet exposé : conscience biologique, conscience transcendante.

 

            IIIb. Conscience biologique / conscience transcendante

            Nous avons vue que le concept de conscience nous amène au principe d’intelligence, d’ailleurs Bahá’u’lláh utilise, nous semble-t-il, plus ce dernier terme pour parler de la conscience. Nous avons vu que l’intelligence renvoie à des propriétés intellectuelles, donc au cerveau. Or les capacités cognitives sont liées aux propriétés du cerveau. Tout d’abord ses capacités de perception du monde, de l’environnement qui l’entoure et qui inonde le cerveau de signaux qu’il faut percevoir bien sur, puis analyser, interpréter, comprendre c'est-à-dire dé contextualiser ou replacer dans un modèle de réalité plus vaste. Nos cinq sens (Vue, Ouïe, Odorat, Toucher et Goût) sont donc indispensables à ce travail. Ces cinq sens sont les caractéristiques de l’esprit animal selon Abdul’Bahá [4].

Mais une autre propriété indispensable est la mémoire, mémoire individuelle bien sûr, mais surtout notre mémoire collective dont les supports aujourd’hui sont les livres, les images, les sons et mêmes les odeurs ; ce que l’on appelle la culture. D’autre part, le cerveau, grâce à la raison, a cette capacité d’abstraction et donc de modélisation ce qui lui permet de représenter un modèle de monde, une certaine réalité. Et à partir de là, de pouvoir grâce à ses talents technologiques, modifier, transformer le monde dans lequel il vit et se développe. Le monde transforme l’homme, mais l’homme transforme le monde. L’Homme se transforme et il transforme l’humanité et fait évoluer la conscience de cette humanité. Mais l’Homme n’est pas seul, il est guidé par une conscience bien plus vaste …

            En effet, notre réflexion nous amène à penser qu’il existe une autre réalité, une autre conscience émergeante de l’interaction entre ce premier niveau de conscience et l’action d’une autre réalité, la réalité du monde des Manifestations. Nous avons montré plus haut dans ce document que cette conscience émergeante, l’Esprit de Foi que nous appelons dans cette étude Ego et qui est la manifestation de notre individualité éternelle, céleste, assiste ce premier niveau de conscience, l’Esprit humain que nous appelons dans cette étude ego et qui manifeste notre personnalité contingente. De notre compréhension, ces deux consciences sont issues de la réflexion de la Lumière du monde des Manifestations, Lumière issue elle-même de l’émanation de l’Esprit Saint sur le monde des Manifestations, sur les formes, les corps du monde de l’Être. A ce niveau, nous assimilons l’Esprit Saint à la conscience transcendante. « Sache, en vérité, que Dieu a subordonné le visible à l’invisible, car le visible concerne les choses matérielles, tandis que l’invisible saisit le spirituel. Le visible rend témoignage du monde terrestre, tandis que l’invisible participe au monde du Royaume. Le jugement du premier est limité, alors que la vision du second est infinie. » Bahá’u’lláh [12]

 

Se pose ici la question évidemment du support de cette conscience transcendante. Aussi loin que nous permettent nos connaissances nous ne pouvons que proposer les particules les plus élémentaires de la physique quantique. Mais les physiciens atomistes et les astrophysiciens parlent aujourd’hui d’une matière encore plus subtile, une matière noire qui constituerait en fait la masse la plus grande de matière au sein de l’Univers et qui expliquerait le phénomène d’expansion exponentiel de ce dernier. Nous pensons que cette Force agit sur la conscience transcendante qui agit à son tour, par le biais de l’intuition ou des visions, sur notre conscience biologique qui nous permet alors de transformer la matière, de transformer la vie dans laquelle nous sommes immergés. Mais nous voyons ici la difficulté sémantique, nous devons utiliser le même terme, le même mot, en l’occurrence celui de conscience, mais à des niveaux totalement différents et dans des contextes très différents également (voir plus haut la notion de fractales). D’où la très grande difficulté de cette étude, mais également la difficulté des traductions des textes Bahá’í : conscience, intelligence, raison, âme, esprit, propriétés intellectuelles, etc. …. Mais c’est justement là que nous avons besoin de la théorie des fractales, de la loi d’agrégation et du principe de polarité pour construire notre modèle. Car finalement on parle de la même propriété mais à des niveaux de complexité ou de subtilité différents. Par analogie, à ce niveau, la Conscience Transcendante serait à l’Univers entier ce que notre conscience d’être est à notre cerveau particulier. Cette conscience d’être de notre cerveau n’a pas un lieu précis ; une cellule précise, mais est simplement la résultante d’une activité générale globale dont notre cerveau est le support, lui-même issu d’un itinéraire, biologique, physiologique, culturel, éducatif, expérimental et émotionnel.

 

            Donc, l’homme fruit de l’évolution au sein du monde physico-chimique, le monde de l’Être, perçoit l’environnement dans lequel il baigne grâce à des propriétés sensorielles qui vont permettre, lui permettre, d’interpréter, de conceptualiser, de modéliser les informations qu’il perçoit. Cette vision de l’homme est le thème de l’ensemble des recherches scientifiques dites classiques. Mais nous introduisons ici une autre dimension qui est l’action du monde des Manifestations. De cette interaction entre le monde physico-chimique et le monde des Manifestations va émerger deux consciences :

 

-     Une conscience biologique (ego), contingente, à la base de notre personnalité. Cette conscience, dans ce que Bahá’u’lláh appelle la « Patrie de poussière », notre monde contingent, disparaît à la mort. Et de ce fait les matérialistes nihilistes n’ont finalement pas tord dans leur vision du monde.

 

-     Une Conscience transcendante (Ego), qui est le fruit du processus d’individuation. Cette Conscience ou Esprit de Foi, l’œil spirituel ou « basar » pour reprendre le terme de Bahá’u’lláh, assiste, au travers de l’intuition et la vision, l’esprit humain dans sa compréhension des mondes.  Cette conscience (Esprit de Foi), au travers de ce que l’on appelle l’âme, va continuer son évolution dans les mondes de l’Être, dans le « Ciel d’Eternité » avec le seul objectif de s’approcher du seuil de ce que Bahá’u’lláh appelle la « Cours de Sainteté » qui se trouve juste à « l’Horizon de l’Unité ». « L’âme qui est restée fidèle à la cause de Dieu … possèdera, après son ascension, un tel pouvoir que tous les mondes créés par le Tout-puissant en bénéficieront. Une telle âme fournit, par ordre du Roi des perfections, le Divin Educateur, le pur levain qui fait lever le monde de l’être, et crée la puissance par laquelle se produisent tous les arts et toutes les merveilles du monde ». Bahá’u’lláh (Extraits – Tablette à Muhammad Ali [10]).

 

Ainsi l’Esprit de Dieu EST, il n’y a ni Espace, ni Temps, tout est réalisé. De ce monde Divin émane l’Esprit de Dieu, le Saint-Esprit. Le monde non sensible des Manifestations est la Conscience de l’Univers. Il n’y a également ni temps, ni espace, mais un accroissement en Qualité, la qualité du reflet de l’Esprit de Dieu, justement un accroissement de Conscience. Le monde sensible de l’Être, l’Homme parfait d’Abdul’Bahá, est dans le Temps et l’Espace. Graduellement et souvent dans la souffrance, à cause de l’inertie de la matière et la liberté inhérente à la conscience, la réalisation du Plan Divin dans ce monde se déploie vers son terme qui est inévitable. En fait tout est accompli déjà, mais pour tous les êtres vivants du monde de l’Être, ignorants par nature, c’est un long et parfois douloureux chemin, mais ce chemin a un terme au seuil de la « Cours de Sainteté ». « Il y a un mouvement intérieur de l’âme dont elle aura conscience dans l’au-delà. Comment se produit se mouvement reste un mystère. Les seuls voiles que Bahá’u’lláh soulève ne nous donnent pas la connaissance de la nature intrinsèque de l’âme, ni ne décrivent son état véritable » Louis Hénuzet [10]. « Sache, en vérité, que l’âme est un signe de Dieu, une gemme céleste dont la réalité a échappé aux plus savants des hommes et dont aucun esprit, si pénétrant qu’il soit, ne peut espérer sonder le mystère. Elle est, de toutes choses créées, la première à proclamer l’excellence de son créateur, à reconnaître sa gloire, à s’attacher à sa vérité et à se prosterner en adoration devant Lui. Si elle reste fidèle à Dieu, elle reflètera sa lumière et, finalement retournera à Lui. Mais si elle manque à l’allégeance qu’elle lui doit, elle succombera à l’égoïsme et aux passions et finira par sombrer dans leurs abîmes … En vérité, je te le dis, l’âme humaine est, dans son essence, un des signes de Dieu, un mystère parmi ses mystères. Elle est un des puissants signes du Tout-puissant, le héraut qui proclame la réalité de tous les mondes de Dieu. En elle se cache ce que le monde est encore complètement incapable de comprendre … » Bahá’ulláh [15]. Ce texte est étonnant car il y a deux affirmations contradictoires, à moins, justement que Bahá’u’lláh souhaite par cet artifice littéraire et poétique mettre en évidence d’une part l’essence divine de l’âme (en potentialité) et d’autre part son statut évolutif. L’Esprit de Foi évolue dans le Royaume de Dieu afin d’atteindre son rang de perfection qui est sa destiné, cette évolution se faisant en parallèle avec l’évolution du monde de l’Être. On retrouve ici la notion de co évolution de Teilhard de Chardin (monde Intérieur / monde Extérieur).

Sous la Lumière de l’Esprit de Dieu immuable, le monde des Manifestations (à terme la Conscience/Ego de l’Être cosmique) croît en qualité ; la conscience/ego (personnalité de l’Être cosmique – l’Homme parfait d’Abdul’Bahá) croît en perfection et le corps de l’Être cosmique (l’Uni vers) croît en complexité, en cohérence et en harmonie.

 

            Nous limiterons donc cette étude à la conscience/ego, seule accessible. Nous nous proposons de développer plus en détail ce thème d’étude qui sera un travail de longue haleine, au travers de trois niveaux et des textes disponibles relatifs à ces trois niveaux : Les religions, les philosophies et les sciences du vivant. En effet, l’action de l’Esprit de Foi agit non seulement dans le domaine des religions mais également dans le domaine de la philosophie et de la science note 15, même si cette dernière ne reconnaît pas la réalité des mondes intérieurs. Concernant les sciences et les religions, Abdu’l Bahá écrit : « Nous pouvons comparer la science à une aile et la religion à une autre aile. Pour voler, l’oiseau a besoin de deux ailes ; une seule lui serait inutile. (…) Efforçons-nous sincèrement d’être des instruments d’union entre la religion et la science » [13]. Il écrit également : « Certains piliers ont été érigés comme supports inébranlables de la foi de Dieu. Les plus puissants en sont l’étude et l’usage de l’intelligence, l’élargissement de la conscience et la pénétration des réalités de l’univers et des mystères cachés de Dieu tout-puissant. Promouvoir la connaissance est donc un devoir inévitable imposé à chacun des amis de Dieu. » [2].

 

note 15 On peut en fait ajouter que l’Esprit de Foi inonde toutes les activités humaines : artistiques, technologiques, économiques, politiques, etc.

 

IIIc. Evolution de la conscience au travers des Sciences & Religions

Il faut rappeler que la religion, ou plus justement le sentiment religieux est apparu bien avant la science. On parle dans ce cas des religions préhistoriques. Selon les paléontologues, on trouve avec certitude des signes d’une activité religieuse dans la Grotte de Chauvet en France qui remonterait à environ 30 000 ans, on pourrait en fait faire remonter à 100 000 ans avant notre époque un début de pratiques particulières face à la mort. Les ouvrages de synthèse sur l’histoire des religions ont coutume de distinguer : Les religions préhistoriques sur lesquelles nous ne savons pas grand chose; puis les religions dites de l’antiquité pour lesquelles nous retrouvons les religions Egyptiennes, Sumériennes, Zoroastriennes et Indo-européennes qui, pour ces dernières, sont toujours d’actualité et qui s’appuient sur les textes sacrés védiques. Les religions Indo-européennes sont donc l’Hindouisme, le Bouddhisme et le Jaïnisme. Viennent ensuite les grandes religions révélées. Les trois grandes religions monothéistes : le Judaïsme à partir de IIe millénaire avant J.-C ; le Christianisme avec la naissance du Christ qui représente le point 0 de notre calendrier occidental et l’Islam au VIIe siècle après J.-C. Ces trois religions révélées reconnaissent en Abraham « le père des croyants », elles sont donc historiquement liées.

Vient enfin la quatrième religion révélée à la fin du XIXe siècle en Iran : la Foi Bahá’íe. Il est très important de noter que Bahá’u’lláh le prophète de la Foi Bahá’íe est descendant du dernier empereur sassanide. Il a donc une origine zoroastrienne du côté de son père et une origine sémitique du côté de sa mère car sa famille remonte à Ketura, la troisième femme d’Abraham. La Foi Bahá’íe tente donc d’unir les grandes religions révélées de l’est et de l’ouest.

Pour être complet, sachant que nous ne serons pas exhaustifs évidemment, il y a enfin les religions et croyances asiatiques : le shintoïsme qui désignent les religions anciennes du japon prébouddhique, le taoïsme qui est apparu vers le Ier siècle avant J.-C., le confucianisme (VIe siècle avant J.-C.) sans doute à considérer plus comme une philosophie morale et politique basée sur la vertu ; et enfin la religion Sikh qui est née en Inde au XVIe siècle et qui emprunte à l’Islam et à l’Hindouisme. Nous n’oublierons pas, non plus, toutes les religions du sud et du nord de l’Amérique actuelle, les Incas, les aztèques et autres grands peuples Amer indiens. Il y a bien entendu beaucoup d’autres religions que nous n’avons pas citées.

 

Concernant les sciences maintenant, il est classique de faire remonter les prémisses de la science à la Grèce antique du VIe siècle avant J.-C. En effet, se produit à cette époque, comme nous l’avons déjà décrit précédemment, une véritable révolution de la pensée humaine. Des hommes entreprennent de penser par eux-mêmes, rompant avec la sagesse du mythe qui gouvernait toute la culture, et ils inventent une nouvelle formule de sagesse fondée sur la raison. Nous passons donc d’un univers magique structuré par les mythes et la tragédie, à un univers de la raison qui va donner la philosophie dont une des figures de proue sera entre autre Platon, disciple de Socrate, et cette démarche basée sur la raison va donner par la suite les sciences telles que nous les connaissons aujourd’hui.

En effet, cette grande révolution conceptuelle du VIe siècle avant J.-C. va être suivie, quelques siècles plus tard, au XIIe siècle, par une deuxième grande révolution qui est la révolution technologique. A partir du XIIe siècle on passe doucement dans un univers de machines : engrenages, poulies, manivelles, pompes, etc. … et c’est au XIIIe siècle que la science prend réellement son envole avec Roger Bacon (1220-1292), envole qui va s’accélérer avec le fameux « Discours sur la méthode » de René Descartes (1596-1650), mathématicien, physicien et philosophe français du XVIe siècle. De cet univers de machines qui se développe à partir du XIIe siècle nous allons graduellement glisser vers une machinerie de l’univers, pour reprendre une phrase de Roger Durand, grâce entre autre, à Galileo Galilée (Galilei - 1564-1642), physicien et astronome italien et Isaac Newton (1642-1727) physicien, mathématicien et astronome anglais vers le XVIIe siècle. Le monde est vu alors comme une immense machine ou tout devient prévisible. Les machines qui vont devenir un moteur essentiel (c’est le cas de le dire) au développement des sciences. Même le corps humain est considéré comme une machine, une usine chimique. C’est d’ailleurs toujours le cas aujourd’hui avec l’extraordinaire développement des nano techniques en ce début de XXIe siècle. Mais cette Machinerie de l’Univers où tout est prévisible va être mis à mal dès le début du XXe siècle avec l’émergence de la physique quantique, la relativité d’Albert Einstein (1879-1955) et la théorie du chaos déterministe où l’on s’aperçoit que tout n’est pas si prévisible que l’on pouvait le supposer, notamment dans l’infiniment petit dû à l’indéterminisme quantique.

La science apparaît donc comme un ensemble cohérent de connaissances relatives à certaines catégories de faits, d’objets ou de phénomènes obéissant à des lois et vérifiées par les méthodes expérimentales et à la mesure. La science est avant tout une méthode et soulève toujours plus de questions qu’elle ne donne de réponse. Il ne faut donc pas non plus tomber dans le scientisme et faire de la vérité scientifique, elle-même, un dogme et par conséquent, paradoxalement une religion. Les découvertes et les lois scientifiques sont relatives à l’état de la connaissance à un temps donné, ces connaissances évoluent sans cesse, c’est le credo, en fait, de la science. John Sepkoski (1948-1999), professeur de paléontologie à « Brown University » aux USA, nous dit à propos des découvertes scientifiques : "Il ne peut y avoir de version définitive, mais seulement le plaisir de découvrir les nouvelles perspectives révélées par les dernières connaissances en date, que d'autres progrès amèneront ultérieurement à réviser ou à remplacer ». Il est très intéressant d’ailleurs de noter que cette notion de relativité, chère à la physique de la fin du XXe siècle, est également reprise dans la Foi Bahá’íe. Le petit fils de Bahá’u’lláh, Shoghi Effendi, écrit en effet à ce propos : "Les adeptes de Bahá'u'lláh croient que la révélation proclamée par lui est d'origine divine, d'une portée mondiale, d'une vaste envergure, scientifique par sa méthode, humanitaire dans ses principes et dynamique par l'influence qu'elle exerce sur les cœurs et les esprits des Hommes. Pour eux, la mission du fondateur de leur religion est de proclamer que la vérité religieuse n'est pas absolue mais relative; que la révélation divine est continuelle et progressive".

Insistons, à nouveau sur le fait que les sciences, comme les religions cherchent à comprendre les mêmes énigmes de la vie, même si on peut avoir le sentiment que les religions tentent aussi de calmer, depuis la nuit des temps, le vide métaphysique de l’homme face à la mort. Il est bon de rappeler, quand même, que les sciences et les religions ont très bien coexistées depuis la période Grec, cinq siècles avant Jésus-Christ, jusqu’aux environs du XVIIIe siècle. Puis les choses se sont gâtées entre la science moderne naissante et la religion, incarnée en occident par la puissante et terrible Eglise Catholique Romaine. Les scientifiques modernes, à partir de R. Bacon, ont payé chèrement l’émergence de la science, on peut citer Galilée et Buffon (George-Louis Leclerc 1707-1788) obligés de se rétracter, Giordano Bruno (1548-1600) brûlé vif comme beaucoup d’autres par l’inquisition. La science moderne s’est développée dans les premiers temps de son existence sous l’oppression de la religion. Ce qui fait dire à Guillaume Lecointre, chercheur au département du Muséum national d’histoire naturelle, que la science moderne s’est développée contre la religion. Ceci peut expliquer l’attitude de bon nombre de scientifiques, une conscience collective brutalisée et donc méfiante.

Malheureusement, les conflits avec l’Eglise catholique étaient inévitables. Le premier coup de grâce est donné au dogme géocentrique par l’œuvre de Nicolas Copernic (1473-1543), en 1543, on parlera bien plus tard de la révolution copernicienne. En 1633, ce sera le fameux procès de G. Galilée à qui on ne reprochait pas tant de faire de la science, mais de dire que la science était l’un des aspects de la révélation divine, au même titre que les textes sacrés. Puis au XIXe siècle, le conflit entre l’Eglise et la science va malheureusement devenir très aigu avec Charles Darwin (1809-1882) qui en 1859 porte un coup fatal au dogme anthropocentrique avec sa théorie de l’évolution qui va devenir, au même titre que la révolution copernicienne pour l’astrophysique ; la révolution darwinienne pour la biologie du vivant et qui va provoquer un divorce profond entre la religion, en fait l’Eglise catholique, et la science et avec toutes les conséquences que nous connaissons aujourd’hui. Il faudra en effet attendre la fin du XXe siècle, il y a tout juste 5 ans, pour que le pape Jean-Paul II reconnaisse l’évolution comme un élément de vérité.

 

Ainsi, au début du XIXe siècle deux courants culturels vont se dégager et s’affirmer. D’un côté, la séparation déclarée entre science et religion. A la science la matière, le naturel – à la religion, l’esprit, le surnaturel. La science, devant ses succès incontestables, prend des ailes : le monde est uniquement matériel, la pensée religieuse est infantile, la science doit pouvoir découvrir la vérité absolue des choses. Le scientisme était né. D’un autre côté, la Révolution française, la libre pensée ont fait évoluer l’approche religieuse du monde. A côté de la vision mystique, dévotionnelle du phénomène religieux se fait jour une perception plus mentale, souvent ignorée. C’est le temps des métamorphoses de Dieu. Dans cette incompréhension, des voix pleines de sagesse s’élèvent. C’est le cas Jean-Michel Maldamé, membre de l’Académie pontificale des sciences et Dominicain et qui enseigne à l’Institut Catholique de Toulouse. Il a publié « Science et foi en quête d’unité ». Voici un extrait de sa pensée : « Il existe à mon avis trois types de relations entre discours scientifique et théologique : l’indifférence, la hiérarchisation et le dialogue. La première est, à mon avis, invivable, car elle entraîne une fâcheuse division de l’esprit alors que celui-ci aspire à la cohérence. La deuxième mène à une impasse : que l’on pense que la parole de Dieu est supérieure, comme l’a longtemps affirmé l’Eglise, ou, à l’inverse, que la religion est comme infantile, comme le font les rationalistes, dans les deux cas, on nie le sérieux de l’autre. Je penche donc pour un dialogue dans lequel on saurait reconnaître les différences et faire en sorte qu’elles se croisent, même si le point de rencontre n’est pas immédiat. Les interactions sont multiples dans notre culture, et le dialogue est un chemin vers l’unité, or cette quête d’unité est structurelle dans l’humanité. Cela étant, il existe des différences strictes et irréductibles, malgré les confusions regrettables introduites par le concordisme : le Big Bang n’est pas la Création …La relation entre foi ou théologie et savoir évolue, et on a aujourd’hui conscience que toute synthèse n’est que provisoire. Ainsi, dans le monde occidental, l’introduction d’Aristote a changé la synthèse opérée dans un esprit platonisant ; puis la nouvelle synthèse liée à la pensée d’Aristote a été remise en cause à la naissance de la science moderne dès le XVIe siècle. Mais la foi monothéiste ne s’oppose pas à la science. Au contraire, elle désacralise la Nature. Ainsi, dès la Genèse, les astres sont appelés luminaires : ils ne sont donc plus ni des esprits, ni des divinités indépendantes, ce qui permet à la notion de causalité d’émerger. (…) selon moi, l’action créatrice de Dieu n’est pas une intervention. Comme dans le cas d’un joueur de violon, 100 % de la musique est produit par l’instrument et 100% par le musicien. Dans le monde vivant, 100 % est fait par l’évolution, et, aussi, 100 % est fait par Dieu. »

Cet extrait est plein de sagesse et de bon sens. Il est question de cohérence, terme chère à un esprit scientifique ; il est question de dialogue, et surtout de recherche d’unité, terme chère à une approche Bahá’íe. Cet homme cherche une cohérence dans l’approche scientifique, il cherche également une cohérence dans une démarche théologique et enfin, il recherche une cohérence, des points de rencontre, entre les deux approches tout en évitant des pièges tels que le concordisme. Ce scientifique religieux trace donc un trait fort et plein de promesse entre la démarche scientifique et la démarche religieuse, tentant de trouver dans celles-ci une même spiritualité.

 

Nous nous éveillons dans un mode de formes, de matière. Nous ignorons le pourquoi de cette réalité dans laquelle s’éveille notre propre réalité. La question centrale est donc la vérité de cette réalité, hors la vérité de cette réalité, de ce monde visible, tangible, palpable, renvoi obligatoirement à une autre vérité, à la vérité d’une réalité invisible, d’une cause au delà des causes … du sens profond de ces deux réalités. Jean-Michel Maldamé nous dit que l’esprit aspire à la cohérence, que l’esprit aspire également à l’unité, car l’unité s’appuie sur la cohérence, est ce qui est cohérent peut être considéré comme vrai par l’esprit, par notre intellect, par notre conscience, même si cette vérité est relative et transitoire. Que ce soit au travers des sciences depuis les Ecoles Grec cinq siècles avant Jésus-Christ et plus précisément depuis Roger Bacon au XIIIe siècle, ou que ce soit au travers des religions depuis les religions préhistoriques, ou les religions révélées, la conscience de l’homme cherche à comprendre la réalité du monde visible et invisible, puisque ce monde invisible est le monde qui se trouve au delà de la mort. Pourquoi donc mettre une frontière entre ces deux approches, surtout en réalisant aujourd’hui que sciences et religions reconnaissent l’état relatif et transitoire des connaissances acquises à un instant de notre histoire. Ce qui est vrai aujourd’hui ne sera plus tout à fait vrai ou incomplet demain …

            Nous vivons dans un espace temps. Un espace car fait de formes en trois dimensions, et un temps car il y a toujours un avant et un après. Et cette espace-temps évolue, ce complexifie … de cette complexité croissante, naît la conscience, disons une conscience (il s’agit ici de l’ego, la conscience avec un petit c). Et cette conscience voit, réfléchie et pose des questions ; elle peut également poser des hypothèses, élaborer des expérimentations et observer et analyser les résultats qui permettront ou non de confirmer les hypothèses, et bien entendu, d’en proposer et d’en formuler d’autres, de nouvelles hypothèses, et ainsi de suite, c’est ce que l’on appelle la démarche scientifique … et tout cela se développe, devient de plus en plus complexe, subtil, pénétrant, et la conscience se développe et grandit pour devenir de plus en plus vaste, de plus en plus inclusive. Malheureusement, et c’est souvent le cas, plus de lumière peut créer de vastes zones d’ombre où se développera l’ignorance, la brutalité, la sauvagerie et l’extrémisme. Mais cette ombre n’est que provisoire car l’ombre ne peut triompher de la Lumière.

 

Pierre Teilhard de Chardin nous dit que l’Esprit est dans tous les degrés de la Matière ou autrement dit, la Matière n’est que le reflet de l’Esprit. Très belle intuition reprise dans les textes sacrés Bahá’ís. Mais attention, nous l’avons déjà dit, la matière a ses propres lois et sa propre inertie, mais la Lumière tente d’organiser, de pénétrer cette matière, véhicule indispensable, inévitable, co évolutif, comme le dit Pierre Teilhard de Chardin, à l’élévation de conscience. Pierre Teilhard de Chardin dira que l’on ne peut saisir la réalité du Monde et de l’Univers si on ne fait pas intervenir une vision extérieure et intérieure des choses. L’extérieure est ce que voit et étudie la science. L’intérieur c’est ce que proclame depuis le début de l’humanité tous les grands Prophètes, Messagers et Manifestations de Dieu ou quelque soit le nom que l’on voudra donner à cet intérieur. Les religions tentent de relier, comme leurs noms l’indiquent, cet extérieur et cet intérieur … ce pont peut être construit à travers la prière, la méditation, l’intuition, la réflexion, la conscience … mais dans tous les cas la conscience doit s’appuyer sur la raison et le cœur ; la rigueur et la miséricorde, les deux piliers de l’arbre de la connaissance, de l’arbre de vie, les deux piliers qui bordent le chemin qui mène de la terre au ciel, le chemin qui est l’axe central de la création et de la vie. Notre conscience (ego – c) doit se tourner vers son intérieur, l’esprit de Foi, la Conscience (Ego – C) qui peut et souhaite la guider note 16. La science nous donne les outils et les concepts pour comprendre ce monde visible, ce monde physique, ce monde de matière, cette Nature Inférieure siège de la personnalité. Et les religions et les sciences ésotériques (il faut aussi l’avouer pour ces dernières avec plus ou moins de bonheur), ainsi que la philosophie nous donnent les outils et les concepts pour comprendre le monde invisible, ce monde subtile de l’Esprit, cette Nature Supérieure siège de l’Individualité ou de l’Âme. Nous avons vu, tout au long de cet étude que l’Esprit Saint, à travers l’Esprit de Foi, nourrie, guide, canalise ces deux mondes, cette polarité de la création visible et invisible ; ces deux natures. Comme nous l’avons déjà exposé, nous pensons que de l’interaction de ces deux mondes émerge la conscience de l’homme, de l’humanité et de l’Univers. Si les sciences et les religions arrivaient à une complémentarité d’approche, toutes deux conjointes, elles permettraient aux hommes une approche plus profonde, plus inclusive de la réalité du monde visible et du monde invisible. Une plus grande élévation de conscience et de Conscience.

 

note 16 Nous pouvons affirmer avec toute humilité que la Lumière de l’Esprit Saint, émanation du monde Divin, à travers le monde des Manifestations nourrit de la même manière les Âmes tournées vers Dieu et celles qui le renient. Les sciences modernes sont sans conteste illuminées par ce même Esprit de Foi, même si ces dernières ne le reconnaissent pas et pensent être à la source des découvertes. La science ne démontre rien, elle ne fait que soulever les voiles de vérité, mettre au jour ce qui est de toute éternité immanent dans l’Esprit de Dieu.

 

Conclusion inachevée

Nous essaierons dans la suite de cette étude de travailler sur ce modèle au travers des Enseignements de Bahá’u’lláh et de ses disciples ; des connaissances actuelles des sciences biologiques et des enseignements que l’on peut trouver aujourd’hui également dans des approches philosophiques ; ésotériques et historiques. Nous proposerons ainsi l’état actuel et relatif de nos réflexions et de notre compréhension au travers d’un modèle dynamique d’interaction et de relation entre l’Essence Divine, les Manifestations et les consciences sub-humaines, humaine et supra humaines qui aboutissent à la conscience de l’Être, l’Ancien des Jours, notre logos planétaire, pour se limiter à Lui. En fin de compte, comme le suggère la prière de Bahá’u’lláh citée au début de cet article, le propos de cette étude est de montrer que la Vie, à travers la Forme, et pour peu que l’on ne s’attache pas à cette forme, élève la conscience : la conscience individuelle ; la conscience collective, la conscience planétaire et probablement la conscience universelle. L’Univers accouche d’une Être Unique & Cosmique dans lequel la géométrie ternaire sera arrivée à son terme ultime et absolue. Alors la Pensée de Dieu sera réalisée, Tout sera accomplie.

 

La place de l’individu ? Cette place est centrale : au sein de la société car cette dernière est constituée d’individus et au sein du Plan Divin car il est l’Homme parfait décrit par Abdul’Bahá et la personnalité de cet Être cosmique en formation. Osons une métaphore pour les temps présents : Dieu EST Dieu (Esprit/Père) ; Bahá’u’lláh est la « Conscience/Ego » du monde des Manifestations ; l’Âme du Monde (Âme/Saint Esprit); Abdul’Bahá est le prototype de cet Être parfait cette « conscience/ego » mais cette fois-ci éternelle car identifié à la personnalité (Homme), la face externe, du corps cosmique (Fils/corps). Chacun de nous est une cellule de ce corps cosmique.

Ainsi une première conclusion de cette étude bien évidemment inachevé sera de démontrer que cette réflexion sur la conscience, sur les consciences, doit nous conduire vers une redéfinition sans cesse renouvelée du sens de la vie en général et de notre propre existence en particulier. Sachant, comme l’écrit JM Lepain, que la compréhension du domaine spirituel est une des tâches premières de la philosophie de Bahá’u’lláh, c'est-à-dire une interrogation sur la nature (nature & Nature) de l’homme. Cette approche nous amènera à considérer la relation entre l’individu et le Collectif (la partie et le Tout ; les êtres et l’Être) et dont les Institutions en sont une expression ; ce qui nous amènera inévitablement à aborder également un peu plus tard la notion de l’autorité et de la légitimité de cette autorité et à aborder aussi un des principes essentiels de la Foi Bahá’íe : le principe de Consultation. Processus d’une inestimable sagesse qui doit nous permettre, par un mécanisme itératif, à définir et redéfinir sans cesse le sens de la réalité sensible et non sensible. La Conscience, en fin de compte, renvoie au Sens de la réalité sensible et non sensible, au Sens de la Vie, de nos vies. C’est cette conscience du sens qui doit nous conduire vers plus de paix et de sérénité, qui doit nous permettre de mieux servir la Cause de l’Esprit de Vie ou Essence Divine, de la Manifestation pour les temps présents : la Gloire de Dieu – Bahá’u’lláh, et enfin de compte de l’Être en qui nous avons la vie et l’espérance, notre logos planétaire qui sera à la fin du processus d’individuation l’expression de l’Unité organique de la planète Terre comme nous l’affirme Bahá’u’lláh.

 

Epilogue

"Et je vous dis que la vie est réellement obscurité sauf là où il y a élan, et tout élan est aveugle sauf là où il y a savoir, et tout savoir est vain sauf là où il y a travail, et tout travail est vide sauf là où il y a amour, et lorsque vous travaillez avec amour, vous vous liez à vous même, et l'un à l'autre, et à Dieu."

Khalil Gibran [9]

 

Références Bibliographiques

 

[1] Océan - Bibliothèque de recherche numérique - Section études, « décisions » (traduction provisoire).

[2] Océan - Bibliothèque de recherche numérique - Sélection des écrits d’Abdul’Bahá. 1ère édition, 1983.

[3] Le petit Larousse illustré - dictionnaire encyclopédique, édition 1995.

[4] Les leçons de Saint-Jean-d’Acre - Abdul’Bahá. Presses Universitaires de France, 1954.

[5] Le phénomène humain - Pierre Teilhard de Chardin. Edition du seuil, 1955.

[6] Les philosophes anciens - Bertrand Vergely. Les essentiels Milan, 2003.

[7] Océan - Bibliothèque de recherche numérique - Extraits des Ecrits de Bahá’u’lláh. ISBN 2-87203-017-4

[8] Dialogue sur la nature humaine - Boris Cyrulnik & Edgar Morin. Edition de l’Aube (poche), 2004.

[9] Le Prophète - Khalil GIBRAN. Casterman, 1956.

[10] La Dimension Spirituelle de l’Homme - Louis Hénuzet. La Pensée Bahá’íe, N° 130. 1997.

[11] Les Sept Vallées, les Quatre Vallées - Bahá’u’lláh. La Maison d’Edition Bahá’íes, 1982.

[12] Océan - Bibliothèque de recherche numérique - L’art divin de vivre - Bahá’u’lláh. 1984.

[13] Les Causeries d’Abdul’Bahá à Paris - Abdul’Bahá. La Maison d’Edition Bahá’íes, 1987.

[14] Les Paroles Cachées - Bahá’u’lláh. La Maison d’Edition Bahá’íes, 1988.

[15] Océan - Bibliothèque de recherche numérique - Extraits des Ecrits de Bahá’u’lláh - éditions révisée, LXXXII, 1979.

[16] Livre de Prières Bahá’íes - Bahá’u’lláh, pp 80-81 – Publié par l’Assemblée Spirituelle Nationale des Bahá’ís de Maurice, 1997.

 

 

 

Je dédie ce texte à l’Eternelle Féminin. PL.

 

 

 

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